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LA SECURITE DE NOS ENFANTS FACE AU BESOIN FONDAMENTAL DE LIBERTE

  • 8 sept. 2024
  • 10 min de lecture
Attention enfants !

À l’ère des écrans et de la satisfaction immédiate, la société contemporaine est confrontée à un paradoxe crucial : comment assurer la sécurité de nos enfants tout en respectant leur besoin fondamental de liberté ?


Ce dilemme est d'autant plus pertinent à une époque où les dangers se multiplient et se diversifient, que ce soit dans le monde réel ou virtuel. En France, les statistiques révèlent une augmentation des incidents liés à la sécurité des enfants, tant en matière de violence physique que de cybercriminalité. Parallèlement, les études en psychologie et en sociologie insistent sur l'importance de la liberté pour le développement cognitif, émotionnel et social des jeunes.


Cette tension entre protection et liberté soulève de nombreuses questions. Jusqu'où devons-nous aller pour protéger nos enfants sans pour autant entraver leur autonomie et leur développement personnel ? Quelles sont les stratégies efficaces pour gérer cette dualité de manière équilibrée et constructive ? Cet article tente de dégager des pistes concrètes pour concilier ces deux impératifs.




La sécurité des enfants :

une préoccupation croissante


Les dangers physiques auxquels sont exposés les enfants


En France, les données de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) indiquent qu'en 2019, 28 % des enfants âgés de 10 à 17 ans, soit plus d'un sur quatre, ont été victimes d’agressions ou de violences, qu'elles soient physiques ou verbales. Ces agressions incluent les violences scolaires, les violences familiales et les violences de rue, qui constituent autant de menaces pour l'intégrité physique des enfants.


Les violences scolaires, par exemple, sont un phénomène préoccupant. Selon une enquête de la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), 15 % des élèves du secondaire déclarent avoir été victimes de harcèlement scolaire au cours de l'année scolaire 2019-2020. Ce harcèlement peut prendre diverses formes, allant des moqueries répétées aux agressions physiques, en passant par le cyberharcèlement. Ce dernier, en particulier, est en pleine expansion avec l’augmentation de l’utilisation des technologies numériques par les jeunes.


Les dangers numériques : un défi moderne


La démocratisation d'Internet et des réseaux sociaux a bouleversé les habitudes des jeunes, mais elle a également introduit de nouveaux risques. En France, selon Médiamétrie, 80 % des adolescents possèdent un smartphone, et près de la moitié d'entre eux ont été confrontés à des contenus violents ou choquants en ligne. Les dangers du numérique ne se limitent pas aux contenus inappropriés. Le cyberharcèlement est un phénomène en pleine expansion. Selon une étude menée par l'association e-Enfance en 2021, 20 % des jeunes français déclarent avoir été victimes de cyberharcèlement, ce qui peut avoir des conséquences graves sur leur santé mentale.



Outre le cyberharcèlement, les jeunes sont également exposés à la cybercriminalité, y compris l'usurpation d'identité et les arnaques en ligne. Une enquête menée par le Centre européen de prévention du cyberharcèlement (CEPC) a révélé que 12 % des adolescents français ont été victimes d’une forme d’escroquerie en ligne. Ces chiffres montrent que les dangers numériques constituent une menace sérieuse pour la sécurité des enfants et qu'il est impératif de mettre en place des mesures de protection efficaces.


Enfin, il est important de noter le chiffre qui suit : en moyenne, 82 %* des enfants de moins de 6 ans en France ont accès à un écran, tel qu'un téléphone, une tablette ou un téléviseur. Cette moyenne est calculée à partir des données les plus récentes disponibles et reflète l'ampleur de l'exposition précoce aux écrans dans le pays. Ces chiffres mettent en lumière l'omniprésence des écrans dans la vie des jeunes enfants et soulignent l'importance de surveiller et de réguler leur utilisation pour assurer un développement équilibré. Le MPPE rappelle la nécessité de restreindre fortement l'accès aux écrans jusqu'à l'âge de 6 ans.

*90% (SFP), 85% (AFPEN), 80% (INSEE), 75% (ministère de la Santé)

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Les écrans et les moins de 6 ans

Les effets psychologiques de l'insécurité


Les dangers auxquels sont exposés les enfants, qu'ils soient physiques ou numériques, ont des répercussions non seulement sur leur sécurité immédiate mais aussi sur leur bien-être psychologique. Les enfants victimes de violences, de harcèlement ou d'autres formes de maltraitance sont plus susceptibles de développer des troubles psychologiques tels que l'anxiété, la dépression, et des troubles du comportement. Une étude menée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) en 2018 a révélé que les enfants victimes de harcèlement scolaire sont trois fois plus susceptibles de développer des symptômes dépressifs que leurs pairs non harcelés.

Ces troubles peuvent avoir des conséquences à long terme sur le développement des enfants, affectant leur réussite scolaire, leurs relations sociales, et leur estime de soi. Il est donc essentiel de considérer non seulement la protection physique des enfants, mais aussi leur bien-être psychologique lorsqu'on aborde les questions de sécurité. Limiter l'accès aux écrans permet donc d'assurer la sécurité affective et émotionnelle de l'enfant. A l'inverse, lui accorder un accès, même limité, le fragilise et et le place en situation d'insécurité.




Le besoin de liberté : un impératif pour le développement des enfants

La liberté comme facteur de développement cognitif


La liberté est un besoin fondamental pour le développement des enfants. Selon les théories du développement cognitif de Jean Piaget, l'exploration libre de l'environnement est cruciale pour l'apprentissage et la construction de leur pensée logique. Cette exploration permet aux enfants de découvrir par eux-mêmes les lois du monde physique et social, de développer leur curiosité et de renforcer leurs capacités de raisonnement.


Des études plus récentes en psychologie du développement confirment l'importance de la liberté pour le développement cognitif. Une étude menée par l'Université de Paris Descartes en 2019 a montré que les enfants ayant un degré élevé d'autonomie dans leurs activités quotidiennes (par exemple, jouer seuls à l'extérieur, résoudre des problèmes sans aide) développent une meilleure capacité à résoudre des problèmes complexes et montrent une plus grande créativité par rapport à ceux dont les activités sont étroitement surveillées ou dirigées par des adultes.


La liberté et le développement social et émotionnel


Outre le développement cognitif, la liberté joue un rôle crucial dans le développement social et émotionnel des enfants. La possibilité de prendre des décisions, de faire des erreurs, et d'apprendre de ces erreurs, est essentielle pour le développement de l'autonomie et de la confiance en soi. Les enfants qui ont la liberté d'explorer et de prendre des risques contrôlés sont plus susceptibles de développer des compétences sociales telles que la coopération, la communication, et la gestion des conflits. Ce sont aux parents de contrôler ces risques mais à bonne distance, sans abus d'ingérence.


Selon une étude publiée par l'Institut national d'études démographiques (INED) en 2020, les enfants qui participent régulièrement à des activités non encadrées, telles que jouer dans les parcs sans surveillance parentale constante ou organiser eux-mêmes leurs jeux avec leurs pairs, montrent une meilleure capacité à gérer les relations interpersonnelles et sont moins susceptibles de souffrir d'anxiété sociale.


Les risques de la surprotection


À l'inverse, la surprotection peut avoir des effets négatifs sur le développement des enfants. Les parents qui limitent excessivement la liberté de leurs enfants, par crainte des dangers physiques ou numériques, peuvent involontairement nuire à leur développement. Les enfants surprotégés peuvent développer une dépendance excessive à l'égard des adultes, une faible estime de soi, et une incapacité à prendre des décisions ou à résoudre des problèmes par eux-mêmes.



Une enquête menée par la Fondation pour l'enfance en 2021 a révélé que 60 % des parents français reconnaissent avoir des difficultés à laisser leurs enfants prendre des risques, même mineurs, par peur de les voir se blesser ou échouer. Cette surprotection, bien qu'intentionnée, peut limiter l'acquisition des compétences nécessaires à la résilience et à l'autonomie.




Trouver l'équilibre entre sécurité et liberté


La mise en place de dispositifs de protection adaptés


Pour concilier la sécurité et la liberté des enfants, il est essentiel de mettre en place des dispositifs de protection qui ne soient pas trop restrictifs. En ce qui concerne les dangers numériques, les logiciels de contrôle parental peuvent jouer un rôle important. Selon l'institut IFOP, 72 % des parents en France utilisent des logiciels de contrôle parental pour surveiller l'activité en ligne de leurs enfants. Ces outils permettent de filtrer les contenus inappropriés, de limiter le temps d'écran, et de surveiller les interactions en ligne, tout en laissant aux enfants une certaine liberté d'explorer Internet de manière sécurisée.

Cependant, il est crucial que ces dispositifs ne soient pas utilisés de manière trop invasive. Les enfants doivent être informés des raisons pour lesquelles ces protections sont mises en place, et ils doivent être impliqués dans le processus de mise en œuvre de ces mesures. Cette approche collaborative permet de renforcer la confiance entre parents et enfants et d'encourager un usage responsable et autonome des technologies numériques.


Encourager l'éducation à la gestion des risques


L'éducation à la gestion des risques est une stratégie clé pour concilier protection et liberté. Plutôt que de restreindre systématiquement les libertés des enfants, il est plus efficace de leur enseigner comment évaluer les risques et prendre des décisions éclairées. Cette éducation peut commencer dès le plus jeune âge, par des discussions sur les dangers potentiels et des exercices pratiques de gestion des situations à risque (incendie, inondation, intrusion au domicile, harcèlement, etc.).


Par exemple, l'éducation à la sécurité routière, telle qu'elle est mise en œuvre dans le cadre du "Permis Piéton" en France, permet aux enfants d'acquérir les compétences nécessaires pour se déplacer de manière autonome en toute sécurité. De même, les programmes éducatifs sur la citoyenneté numérique, comme ceux proposés par l'association e-Enfance, enseignent aux jeunes comment se protéger contre les cybermenaces tout en respectant la liberté d'explorer le monde en ligne.


Favoriser l'autonomie par des activités supervisées


Une autre approche consiste à favoriser l'autonomie des enfants par le biais d'activités supervisées mais non dirigées. Les activités de plein air, par exemple, offrent une excellente occasion pour les enfants de développer leur indépendance tout en restant dans un environnement sécurisé.


Les programmes comme les "pédibus", où les enfants se rendent à l'école à pied en groupe, encadrés par des parents volontaires, sont également une manière de promouvoir l'autonomie. Les enfants apprennent à se repérer dans l'espace, à respecter les règles de sécurité routière, et à interagir socialement avec leurs pairs, tout en étant accompagnés d'adultes responsables.


La communication et l'implication des enfants dans les décisions de sécurité


Il est également essentiel d'impliquer les enfants dans les décisions concernant leur propre sécurité. Cette approche participative renforce leur sentiment d'autonomie et leur responsabilité vis-à-vis de leur propre sécurité. Les conseils municipaux des enfants, présents dans de nombreuses communes françaises, sont un bon exemple de cette implication. Ces conseils permettent aux enfants de participer activement à la vie de leur communauté, en proposant des solutions pour améliorer leur environnement tout en apprenant à gérer les risques.

De plus, les parents peuvent encourager une communication ouverte et honnête avec leurs enfants sur les questions de sécurité. Plutôt que d'imposer des règles strictes, il est préférable d'expliquer les raisons sous-jacentes à ces règles et de discuter ensemble des meilleures façons de rester en sécurité tout en conservant une certaine liberté.




Les enjeux politiques et sociaux

de la protection des enfants



Les politiques publiques de protection de l'enfance


En France, la protection des enfants est un enjeu de politique publique majeur. Le cadre législatif et réglementaire en matière de protection de l'enfance a été renforcé ces dernières années, notamment avec la loi du 14 mars 2016 relative à la protection de l'enfant, qui vise à améliorer la prise en charge des enfants en danger et à prévenir les situations de maltraitance. Cette loi renforce les dispositifs de protection existants, notamment en ce qui concerne la prévention des violences intrafamiliales et la protection des mineurs sur Internet.


Les pouvoirs publics ont également mis en place des campagnes de sensibilisation pour prévenir les dangers liés à l'utilisation d'Internet par les jeunes. La campagne "Internet sans crainte", lancée par le Safer Internet France, vise à informer et à sensibiliser les jeunes, les parents et les éducateurs sur les risques liés à l'utilisation d'Internet et à promouvoir un usage responsable des technologies numériques.


Les défis sociaux et culturels


Malgré ces efforts, des défis importants subsistent en matière de protection des enfants. Les inégalités sociales, par exemple, jouent un rôle crucial dans l'exposition des enfants aux risques. Les enfants issus de milieux défavorisés sont plus susceptibles d'être exposés à des environnements dangereux, que ce soit à l'école, dans leur quartier ou en ligne. Selon une étude de l'INSEE publiée en 2022, les enfants des quartiers défavorisés sont deux fois plus susceptibles d'être victimes de violences que ceux des quartiers aisés.


En outre, les normes culturelles et les pratiques parentales varient considérablement selon les contextes sociaux et ethniques, ce qui peut influencer la manière dont les enfants sont protégés ou non. Par exemple, dans certaines cultures, la notion de liberté individuelle est moins valorisée que la sécurité collective, ce qui peut entraîner des pratiques de surveillance plus strictes.



Le dilemme entre la protection des enfants et la préservation de leur liberté est un défi complexe mais essentiel à résoudre dans notre société moderne. Les dangers auxquels les enfants sont confrontés, qu'ils soient physiques ou numériques, sont réels et nécessitent des mesures de protection adaptées. Cependant, ces mesures ne doivent pas être mises en œuvre au détriment de la liberté des enfants, qui est tout aussi cruciale pour leur développement cognitif, social et émotionnel.


Trouver un équilibre entre ces deux impératifs nécessite une approche nuancée qui combine protection et éducation, encadrement et autonomie. Les dispositifs de protection doivent être conçus de manière à laisser une marge de liberté suffisante pour permettre aux enfants de grandir et de s'épanouir de manière autonome. En parallèle, il est crucial d'impliquer les enfants dans les décisions qui concernent leur propre sécurité, afin de renforcer leur sens des responsabilités et de les préparer à naviguer dans un monde complexe et parfois dangereux.


Les politiques publiques, les initiatives éducatives, et la collaboration entre parents, éducateurs et enfants jouent tous un rôle clé dans la mise en œuvre de cette approche équilibrée. En fin de compte, la meilleure façon de protéger les enfants sans les priver de leur liberté est de les accompagner, de les écouter, et de les éduquer à devenir des acteurs responsables de leur propre sécurité.




A lire :


"L'autonomie de l'enfant : construire un cadre sécurisant" par Catherine Dolto

Ce livre propose une réflexion sur la manière dont les parents et les éducateurs peuvent offrir un cadre de sécurité aux enfants tout en favorisant leur autonomie. Il aborde les questions de liberté de mouvement, d'expérimentation et de construction de la confiance en soi chez l'enfant.


"La sécurité affective chez l'enfant" par Boris Cyrulnik

Bien que ce livre se concentre principalement sur la sécurité affective, il traite également de l'importance de l'environnement sécurisé dans lequel les enfants peuvent développer leur autonomie. Cyrulnik, en tant que neuropsychiatre, propose des pistes sur comment combiner protection et liberté pour favoriser le développement sain de l'enfant.



"L'éducation positive : Pourquoi et comment elle réussit" par Catherine Gueguen

Ce livre scientifique aborde les stratégies pour encourager l’autonomie chez les enfants tout en respectant leur besoin de sécurité physique et affective. L’auteure s’appuie sur les neurosciences pour expliquer comment un cadre bienveillant peut concilier liberté et protection.



"Les lois naturelles de l'enfant" par Céline Alvarez

Céline Alvarez aborde les principes d'éducation qui permettent aux enfants d'évoluer dans un cadre sécurisé tout en favorisant leur autonomie. Basé sur des recherches scientifiques, ce livre propose des outils pour permettre aux enfants d’apprendre librement tout en étant protégés des dangers inhérents à cette liberté.




 
 
 

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