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UNE MAÎTRESSE VIOLENTE UNE ELEVE DE 4 ANS : La scolarisation des enfants de 2-3 ans en question ?

  • 13 sept. 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 sept. 2024


La première semaine d’école, souvent appelée « semaine d’adaptation », est un moment délicat pour les jeunes enfants de 3 à 4 ans. Face à ce défi, une enseignante en maternelle a été filmée perdant son calme, frappant et aspergeant d'eau une petite fille incapable de gérer ses émotions. Cet incident, qui s’est produit sous les yeux médusés des autres élèves, soulève des questions profondes sur les besoins affectifs des jeunes enfants, le rôle des enseignants et la formation à l’accompagnement des tout-petits.



Une réaction de la maîtresse face à une situation complexe

 

L’incident a eu lieu au cours de la première semaine d’adaptation, un moment critique où les jeunes enfants sont confrontés à de nombreuses nouvelles expériences : séparation d’avec leurs parents, intégration dans un groupe social élargi, découverte d’un environnement inconnu. Ces premières journées sont souvent marquées par une grande agitation émotionnelle. Les pleurs, les colères et les comportements régressifs sont courants chez les enfants de cet âge. Selon la pédopsychiatre Catherine Dolto, « le processus d’adaptation est éprouvant pour les tout-petits, car il mobilise leur capacité à se détacher temporairement des figures d’attachement, un exercice difficile qui fait souvent ressortir des angoisses. »


Dans ce contexte, la réaction de la maîtresse – frappant et aspergeant d’eau l’enfant – semble être une réponse à sa propre frustration face à l’incapacité de la fillette à contrôler ses émotions. Cependant, cette attitude est non seulement inadéquate, mais aussi dommageable. La capacité de gestion des émotions d’un enfant de 3-4 ans est encore très immature. Comme le souligne la psychologue Jeanne Siaud-Facchin, « les jeunes enfants ont besoin d’adultes sécurisants qui leur offrent un cadre pour exprimer et réguler leurs émotions. » Plutôt que de réprimer ou punir ces manifestations émotionnelles, l’enseignante aurait dû offrir une réponse empathique, contribuant à apaiser l’enfant et à renforcer son sentiment de sécurité.



Les besoins affectifs et le développement des jeunes enfants

À 3-4 ans, les enfants vivent une phase clé de leur développement affectif et psychologique. Ils apprennent peu à peu à se détacher de leurs parents, mais cela ne signifie pas qu’ils n’ont plus besoin d’attachement. Bien au contraire, ils doivent pouvoir s’appuyer sur des adultes bienveillants pour construire leur sécurité émotionnelle. « L’attachement est le socle de la sécurité intérieure de l’enfant. Il a besoin de se sentir protégé et compris pour pouvoir explorer son environnement et se développer », explique le psychologue Boris Cyrulnik.



​​​Boris Cyrulnik, né en 1937 à Bordeaux, est un neuropsychiatre, éthologue et psychanalyste français reconnu pour ses travaux sur la résilience. Survivant de la Shoah, il s'intéresse dès le début de sa carrière à l'impact des traumatismes sur l'individu et à la capacité de l'humain à surmonter l'adversité. Cyrulnik est surtout connu pour avoir popularisé le concept de résilience, qu'il définit comme la capacité à se reconstruire après un choc traumatique. Auteur de nombreux ouvrages, tels que Un merveilleux malheur et Les vilains petits canards, il a marqué la psychologie contemporaine par son approche humaniste et son engagement dans le soutien des victimes de traumatismes.​​​​​​​​

 

Par ailleurs, à cet âge, les enfants commencent à maîtriser certaines compétences, comme le contrôle des sphincters, mais cela reste un apprentissage en cours. Les accidents de pipi, les moments de fatigue ou de frustration peuvent générer chez eux des réactions incontrôlées. Leur cerveau émotionnel est encore en pleine construction, et ils manquent souvent de recul pour comprendre et gérer ce qu’ils ressentent. Il est donc essentiel que les adultes qui les entourent soient des modèles de patience et de régulation émotionnelle.

 

L’incapacité de la maîtresse à offrir une réponse adaptée à l’enfant témoigne d’un manque de compréhension du développement des jeunes enfants. Comme l'indique le pédopsychiatre Marcel Rufo, « l’école maternelle doit être un lieu d’épanouissement où les enfants se sentent en sécurité. Si la violence prend le dessus, cela crée un climat d’insécurité affective qui peut avoir des répercussions à long terme. »



Marcel Rufo est un pédopsychiatre français, né le 31 décembre 1944 à Toulon. Spécialiste reconnu du développement de l’enfant et de l’adolescent, il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la parentalité, les troubles de l'enfance et les relations familiales. Il a notamment dirigé la Maison de Solenn, un établissement parisien dédié à la prise en charge des adolescents en souffrance psychologique.


Le professeur Marcel Rufo est également intervenu régulièrement dans les médias pour vulgariser les questions liées à la pédopsychiatrie. Son approche humaniste et empathique a marqué sa carrière, faisant de lui une figure incontournable de sa discipline en France.

A noter : si l'enfant réagit de manière excessive aux yeux de certains adultes, c'est également dû au fait que, comme le dit sa maman, cette petite fille n'a jamais quitter le cocon familial. Je ne juge aucunement les méthodes des parents qui, en ce qui les concernent, doivent en même temps faire face à leur propre vécu et aux phases traumatiques structurant ce vécu. Dans ce cas, l'adaptation à l'école maternelle doit être progressive et réajustable dans le temps en fonction des réactions émotionnelles de l'enfant. Dans l'idéal, l'un des parents fait en sorte d'être disponible durant la première semaine de rentrée scolaire afin de faciliter l'intégration de son enfant en se rendant sur place lorsque les enseignants l'estiment nécessaire. N'hésitez pas à profiter des conseils d'un éducateur de jeunes enfants. Ils sauront vous apporter des solutions de médiation et d'adaptation. 



Une réponse éducative à repenser

Face à la situation décrite, il est clair que l’enseignante aurait dû adopter une approche davantage bienveillante. Plutôt que de céder à la frustration, elle aurait pu chercher à calmer l’enfant, l’accompagner verbalement dans l’expression de ses émotions, ou demander l’aide d’une assistante pour prendre un moment de recul. Comme le recommande la psychologue Isabelle Filliozat, « un enfant en détresse émotionnelle a besoin d’être entendu et compris. C’est en offrant des réponses empathiques que l’on aide les enfants à développer des mécanismes d’auto-régulation. »


Isabelle Filliozat est une psychothérapeute française, spécialisée dans l'éducation positive et l'intelligence émotionnelle. Née en 1957, elle est l'une des figures de proue de la parentalité bienveillante en France. Auteure de nombreux ouvrages à succès, dont "L'intelligence du cœur" et "J'ai tout essayé !", elle propose une approche basée sur la compréhension des émotions et des besoins de l’enfant.


Sa démarche repose sur l'idée que l'empathie et l'écoute active permettent d'établir des relations parent-enfant plus harmonieuses. Filliozat intervient régulièrement dans des conférences, formations, et ateliers pour sensibiliser les parents et les professionnels de l'enfance aux méthodes éducatives non-violentes.




 
 
 

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